Le séjour en Nouvelle Zélande.

Le 30-06-2010 à 13:05 par Fariba Hachtroudi

1/ Les gens de Wellington :


 
Que seraient les lieux sans les gens ? Je l’ignore. Je n’ai pas encore voyagé dans l’espace. Mais j’ai pas mal trotté sur la terre ferme. D’Inde en Chine en passant par le Moyen-Orient ou l’Amérique Latine, partout, ce furent et ce sont les gens qui donnent sens à l’espace qu’ils occupent. Ce sont les gens qui me réconcilient avec les lieux, fussent-ils inhospitaliers. 

Et je ne vous le cache pas : Wellington peut-être une des villes les plus inhospitalières pour quelqu’un qui, comme moi, déteste le vent et la pluie. Wellington, Té Whanganui-a-Tara, le grand port de Tara (nom de l’île en maori) que Maui, homme-dieu d’une puissance démoniaque, fit monter des tréfonds de la mer à la surface de l’eau.  Wellington, la furie située sur les quarantièmes rugissants. Ces bourrasques qui vous plient en deux… Six mois de séjour sous le souffle orageux et le soleil brûlant… quand il daignait briller !


La résidence d’écrivains de Randell Cottage, sur les hauteurs de Thorndon, se trouve à deux pas du jardin botanique. Je suis encore éblouie par le souvenir des arbres - je dis bien des arbres et non de la végétation, qui est luxuriante – . C’est en Nouvelle-Zélande que j’ai vu les plus beaux  spécimens des rois du règne végétal, symbolisant la longévité et la grandeur de la nature. Ces centenaires aux racines torturées, dont le majestueux Pohutukawa maori (ou l’excelsus latin) l’arbre de Noël des Kiwi, qui atteint les 25 à 30 mètres de hauteur avec ses branches chargées de fleurs hérissons, couleur rouge sang sont sublimes. Et que dire de « la fiancée de la forêt », l’arbre aux minuscules fleurs blanches qui palpitent et murmurent. Un secret à son sujet : il sera un des personnages de mon prochain roman.

Les gens de Wellington ou quelques rencontres inoubliables, touchantes, drôles, littéraires, amicales, musicales, artistiques, sportives.


Souriante, cheveux poivres et sels, regard tendre et profond Fiona Kidman, une des grandes plume de Wellington, m’avait accueillie à l’aéroport le jour de mon arrivée. J’avais serré sa main en la voyant double et floue comme tous les autres personnes de mon comité d’accueil. Après trois jours de voyage harassant on n’est pas forcément réceptive !
Fiona sonne à ma porte le matin du 24 décembre 2009, avec une bouteille de vin blanc et un cake pudding. Il faisait exceptionnellement beau ce matin là. Nous nous sommes installées dans le jardin, avons bu du thé en parlant  de tout et de rien. Peu après, Fiona m’emmenait voir l’exposition Yayoi Kusama, la dame aux petits poids à la city gallery de Wellington, et elle devenait mon amie. Cette aînée amie est un être aussi fluide que sa prose. Elle me consolait de mes coups de blues sans me dire grand chose, par sa seule présence gracieuse, qui effleure l’âme en douceur. 


Jean Anderson, professeur de littérature française à l’université Victoria. 
Sa voix et son admirable élocution (en français comme en anglais), son sourire, son regard, ses passions littéraires, sa subtilité de traductrice chevronnée faisaient de nos « brunch » quasi hebdomadaires un des délices de mon séjour. Autres souvenirs impérissables avec Jean: nos virées cinématographiques dans des salles incomparables. Les cinémas « d’antan » réhabilités sont à ravir. Bâtisses anciennes, entrée avec salon- café-bar, lumière tamisée et des salles de projection aux fauteuils à deux places recouverts de velours avec accoudoir, voire petite tablette pour poser vos verres de vin, votre théière et votre tasse, l’assiette de gâteaux que vous pouvez emporter dans le cinéma. Quand les salles sont petites, on a presque l’impression d’être chez soi. Un délice pour les amoureux qui peuvent se serrer l’un contre l’autre, presque seuls au monde. Allons ma chère Jean, une autre tasse de thé ? C’est finalement aussi bien le cinéma entre amies ! A quand notre prochain brunch ? Enfin comment te remercier chère Jean pour la superbe traduction de quelques chapitres d’Iran les rives du Sang ? (cf : voir actualités).

Sian Robyns : élève de Jean Anderson en littérature française option traduction.
Sian, une des femmes les plus élégantes de Wellington, passe me voir un après-midi pluvieux.

Souvenir inoubliable avec Sian. Mon séjour dans sa maison près de Nelson dans l’île du Sud. L’antre peuplé de la grande tribu des amis, des amis d’amis… jusque dans le jardin et sous les tentes. « Je me suis longtemps baigné dans la mer de Tasmanie ». A peine 16 degré ! Mais quel délice quand bien même on en sort visage et mains violacés ! Sian t’ai-je déjà dit que rien ne saurait être plus romantiquement littéraire que de nager dans la mer de Tasmanie ?


Les Wellingtoniens : Mary Maccalen, écrivaine volubile, drôle, rire chantonnant, mine de renseignements pour la recherche sur mes « oiseaux » pour mon prochain roman. Mais aussi et surtout celle qui a eu la lumineuse idée de me présenter John Rae (cf voir plus loin le concert à l’ambassade de France). Maggie Rainey, autre collègue écrivaine qui n’a eu de cesse d’ennuyer son mari « bricoleur » pour la franco-iranienne toujours en panne de quelque chose ! Télévision, machine à laver, imprimante, ordinateur. Quant à ces messieurs, Gordon R, Winston Roberts, Nelson Wattie, John Mohi… Ils m’ont fait découvrir, qui « la petite Inde à Wellington », qui quelques-unes des coutumes ancestrales des maoris, qui le fonctionnement du Pen Club de la Nouvelle Zélande (Cf : voir plus loin).
Enfin quelques mots des amis de Wellington. Anne et Dominique Suquet, Julien Bourdry, mon compatriote irano-kiwi Farahmand Kamali, John et Susie Rae, Laura Hurtado, Mona, Jean Georges Mandon, Monique Amigues, Angela et Jean Martin J’ai passé des moments intenses avec chacun d’entre eux.

Les moments forts du séjour :

Le concert de Henry Padovani :



De passage à Wellington pour présenter le film tourné sur lui et sa fabuleuse carrière, Henry m’a fait replonger dans ma jeunesse. Notre jeunesse… De Paris à Londres en passant par les coulisses des géants du Rock. Ce guitariste de génie est également un homme de cœur et de conviction. Le concert organisé par l’ambassade de France dans un bar branché de Cuba Street fut un enchantement. J’avais des larmes aux yeux quand Henry a interprété pour moi « ne me quitte pas » de Jacques Brel. Padovani : « Je chante une chanson pour mon amie Fariba. Je viens de la rencontrer. Je lui dédie ce soir cette chanson pour la passion qu’elle porte en elle ». Ses mots m’ont bouleversée. Merci encore Henry pour ce moment inoubliable et à bientôt.

«Chaque fascisme est l’envers d’une révolution ratée.» (Walter Benjamin) !

Iran à Wellington : suite aux événements tragiques, dont l’exécution de plusieurs jeunes Iraniens suite aux manifestations de l’été 2009, j’ai alerté le Pen Club section Nouvelle Zélande et le Président Nelson Wattie. Il a aussitôt sollicité le soutien de tous les intellectuels et membres du Pen pour la défense des droits de l’homme en Iran.

Conférence pour la liberté d’expression et la démocratie en Iran : 1 février 2009 au théâtre Bats dans le centre ville.



La salle était comble mais hélas la presse fut quasi absente.  La conférence fut néanmoins un franc succès. Devant plus de 90 personnes, Nelson Wattie a ouvert la séance en remerciant les personnalités présentes. Suite à la minute de silence en hommage aux dernières victimes exécutées en Iran, Nelson Wattie expliqua pourquoi le monde et notamment la Nouvelle Zélande devait soutenir la jeunesse Iranienne qui se battait, les mains nues et pacifiquement, pour la liberté et la démocratie. J’ai ensuite pris la parole pour dénoncer la situation catastrophique à l’intérieur du pays depuis le coup d’état de Mahmoud Ahmadinéjad suivi par la répression sanglante depuis juin 2009. Un représentant de la communauté Bahaï présenta une pétition pour la libération des 50 prisonniers arrêtés dont certains sans aucune charge contre eux. La parole fut ensuite donnée à la salle. John Rae, un talentueux compositeur avec lequel j’ai travaillé plusieurs de mes textes a joué le morceau de musique composé pour la jeunesse iranienne.
Une pétition fut distribuée parmi les participants invités à rejoindre les Iraniens qui comptaient manifester devant l’ambassade d’Iran le 11 février 2009 (date anniversaire de la révolution).

(cf : lire le rapport complet du Pen sur le site www.authors.org.nz Rapport Iran. Voir également l’article plus complet en anglais).


Manifestation devant l’ambassade :


Sous une pluie battante, nous nous sommes rendus, Nelson et moi-même devant l’ambassade d’Iran à Wellington ou une cinquantaine d’Iraniens (pour la plupart des jeunes) venus des quatre coins du pays scandaient leur colère contre les dirigeants de la république islamique et leur solidarité envers nos compatriotes à l’intérieur du pays. Les jeunes gens exigeaient la libération des prisonniers politiques sans condition et la cessation des exactions. Le personnel de l’ambassade embastillé dans leur bunker n’a pas ouvert la porte quand Nelson Wattie et moi-même avons voulu leur remettre la pétition signés par les intellectuels, les écrivains et les dizaines de personnes qui s’étaient joint à eux. La presse présente cette fois-ci a longuement interviewé Nelson, moi-même et quelques-uns des manifestants ; mais aucune des interviews ne fut diffusée pas plus au journal du soir que dans les quotidiens du matin. Vente de moutons oblige !
Je me suis rendue le lendemain au Dominion Post pour rencontrer la rédactrice en chef. Elle était absente mais j’ai eu droit quelques jours plus tard à un courriel m’assurant que l’Iran était bien couvert par le journal. Preuve à l’appui : des articles datant de plus de six à un an auparavant ! Etonnant ? Pas vraiment. Outre le business des moutons -, (la Nouvelle Zélande étant le fournisseur de viande de la république islamique, dont les « experts » en viande Halal pullulent dans le pays) -, la pauvreté de la presse est affligeante dans un pays où la une des journaux est consacrée aux chats et chiens battus et non pas aux désastres humanitaires et planétaires.

Voici une musique sublime qui a été composée après le massacre des étudiants, le chant de Shajarian et Parisa.



Hasting : Cérémonie de remise du prix de la poésie dans un maraï.



A l’initiative de la bibliothèque Nationale de  Nouvelle Zélande, a lieu tous les ans la remise du prix de la poésie à Hasting. La cérémonie se déroule au mois de Mars dans un Maraï (maison communale Maori) à Hasting  en présence des responsables de la bibliothèque nationale, les amis du lauréat, les hôtes du Maraï qui les reçoivent. J’ai eu l’honneur et le plaisir d’être l’invitée de la cérémonie en tant qu’écrivaine en résidence. En compagnie de Julien Bourdy du service culturel de l’ambassade de France j’ai assisté à la cérémonie Pohiri pour célébrer le prix attribué à Cilla McQueen, la lauréate 2010. Le Pohiri est un rituel de rencontre et de bienvenue du peuple Maori. Elle débute par un Karanga (chants de femmes à plusieurs voix) suivi d’une démonstration des coutumes maoris. Discours, lecture de poésie et soleil étaient aux rendez-vous. Séjour très enrichissant pour mon prochain roman… Mon petit discours en maori a bien fait rire les convives. J’ai parlé de ma passion pour la poésie, dont la poésie persane, regrettant de ne pas être un poète.
Extrait du chant que nous avons scandé tout le long de la cérémonie :
Te Aroha : Amour
Te Whakapono : Foi
Me Te Rangimarie : Espoir
Tâtou tâtou E : Nous tous.


Rencontres et collaboration avec John Rae et Dean Hatepa :


Compositeur en résidence vivant à deux pas de chez moi, à Thorndon, John, son épouse Susie et leurs enfants sont très vite devenus pour moi comme des membres de ma famille. J’avais assisté à un concert de John et des musiciens Javanais à l’université Victoria. Le talent de John, compositeur polyvalent, aussi doué pour le Jazz que pour la musique classique, m’a époustouflé. L’idée d’une collaboration a germé aussitôt. « Veux-tu composer quelques morceaux pour la liberté, les femmes, la démocratie, l’Iran et puis et puis et puis… » John a « bouffé » du U tube (situation Iran) comme il me l’a avoué peu après. M’a dit un Yes sans équivoque et nous nous sommes mis au travail. Secondé par Susie et les enfants ! Le soir de Noël – passé ensemble – il a décidé de mettre également deux de mes textes (Déesse Femme et Mon île Chaloupe) en musique.
Dean est un musicien-compositeur-chanteur-rappeur- Maori. Nous avons participé ensemble à un colloque sur les droits de l’homme. J’ai beaucoup aimé son film sur les rappeurs palestiniens. Je suis allé le voir dans sa tanière dans le nord de Wellington. « Yé man…. Ca me dirait de relever le défi et de composer une musique pour les deux textes travaillés par John. »
 
Et ce fut fait. Résultat. Une inoubliable soirée-concert à l’ambassade   



Invités par Michel Legras, ambassadeur de France en Nouvelle-Zélande, quelque cent invités – diplomates, universitaires, intellectuels, écrivains et artistes – étaient présents pour le concert. La soirée dédiée  aux droits des femmes eut un franc succès.
La jeune chanteuse Ana qui a interprété mes textes Déesse/femme et Mon île Chaloupe (dédiée aux Guadeloupéennes en 2009 lors de ma conférence à la mairie de Lamentin), accompagnée des musiciens de l’orchestre de John, a fait sensation.
On espère pouvoir recommencer l’expérience ici et ailleurs… Affaire à suivre.

Ecouter des extraits audio :

 

 


Regardez un extrait vidéo :


Get Flash to see this player.

 

Ma tournée en Nouvelle-Zélande :
Le séjour s’est terminé avec les conférences dans les universités et les musées d’art à travers le pays tout le long du mois de mars et début avril.

« Littérature et engagement », conférence / débat à l’université Victoria de Wellington organisée par le professeur Jean Anderson.
J’ai expliqué aux étudiants pourquoi et comment, suite aux évènements tragiques de 1979, - date de la révolution iranienne -, la littérature s’est imposée à moi comme moyen d’expression. La plume comme arme fut au cœur de la discussion avec Hugo, Sartre, Malraux et bien d’autres aînés, sources d’inspiration inépuisable pour tous ceux qui sont concernés par les tragédies de l’histoire.

« La culture est morte de ce qu’on lui a coupé la langue », conférence / Débat à l’Alliance Française de Wellington organisée par Monsieur Martin. L’exil, le rapport à la langue d’adoption devenue langue d’écriture comme les méandres du bilinguisme furent quelques-uns des thèmes développés. Une conférence bilingue et simultanée (français / anglais), menée tambour battant par une Iranienne, interviewée par un français. Et tout le monde semblait ravi en fin de compte !


 

Panel et lecture de Writers & Readers Week au cinéma Embassy de Wellington : 


Dans le cadre du festival international de Wellington, je fus invitée à participer à une table ronde littéraire en tant qu’écrivaine française en résidence. j’ai parlé de mon œuvre et notamment du roman commandé par Encre d’Orient et écrit durant mon séjour à Wellington  (cf : voir actualité). J’ai également lu des passages de mon premier roman : Iran Les Rives du Sang traduit par Jean Anderson. Cliquez ici pour lire ce passage.
 

« Iran, l’écriture et l’engagement politique », conférence / débat à la Bibliothèque municipale de Palmerston North en lien avec l’Alliance Française et l’Université Massy.
« Une conférence fort appréciée par les Kiwis qui veulent en savoir plus sur l’Iran, pays et culture qui les fascinent. L’art et notamment le cinéma iranien ont fait des émules et possèdent leurs adeptes, ici, comme ailleurs. De Hafez à Omar Khayyam, d’Ispahan à Qom, du feu le Chahinchah au feu l’Ayatollah Khomeyni, Fariba a fait voyagé les auditeurs dans le temps et l’espace avec quelques haltes extrêmement douloureux à Evin et à Kahrizak, les sinistres geôles où furent et sont torturés et violés les Iraniens, jeunes, vieux, hommes et femmes ». Note d’un des organisateurs.

   

« Littérature au féminin » à l’université Otago de Dunedin et discussion avec les étudiants de français sous l’égide du professeur Constantin Grigorut du département de français.



Conférence sur l’art photographique de Taryn Simon, en lien avec l’exposition: Taryn Simon: An American Index of the Hidden and Unfamiliar. Public Art Gallery.





« L’art en Iran » : SCAPE Biennale à Christchurch. Déjeuner/conférence chez Lady Stewart, mécène. La Dame des arts de Christchurch est une petite femme diablement drôle, énergique, généreuse, raffinée. Déjeuner en petit comité et des projets pour l’avenir… Chère lady à très bientôt pour notre concert dans votre belle ville verte et aérée. 


« Littérature et engagement » à Art Gallery de Christchurch avec l’Alliance Française de la ville.


« Littérature et Droits de l’Homme » à l’université d’Auckland. Une salle pleine et des discussions passionnées et passionnantes avec les étudiants.

 

 

x