L'ONU, tribune pour le messianisme de monsieur Ahmadinejad.

Le 16-10-2009 à 12:40 par Fariba Hachtroudi


Read this article in english at the bottom of this page (thanks to Bijan Ganji and Chirine Detroyes for the translation).

Egal à lui même et fidèle à ses « principes » dictatoriales qui se prétendent divines Ahmadinejad a réitéré ses diatribes contre l’occident ainsi que ses déclarations négationnistes sur le « mythe » de la  Shoah avant de donner, – lui le responsable de tant de crimes en Iran – des leçons de bonnes conduites aux « chers collègues et amis » ou  les diplomates qui n’avaient pas quitté la salle. Et, bien évidemment, tout cela au nom des Iraniens que ses sbires torturent, violent et assassinent en toute impunité dans les rues ou dans les innombrables geôles du gouvernement islamique de l’Iran qui n’a plus rien d’une république. Jusque-là rien de nouveau dans le show Ahmadinejad. La nouveauté en revanche, et qui est de taille, réside dans la chute de son discours sur la venue de l’Imam caché supposé sauver le monde.
Mahmoud Ahmadinejad, adepte de longue date de la secte Hodjatieh, (courant extrémiste du chiisme, interdite par Khomeyni au début de la révolution), est un partisan inconditionnel de Mesbah Yazdi. Il suit à la lettre la lecture religieuse et messianique de ce dernier pour lequel tous les crimes, – y compris le viol des prisonniers « politiques » autrement dit « les ennemis de Dieu » et du gouvernement islamique  - , seraient justifiables en vue de faciliter la venue du 12ième Imam. 


En effet, les chiites duodécimains attendent le dernier descendant du Prophète ou le Mahdi, rentré en occultation en 876. Pour les duodécimains aucune autorité politique temporaire n’est valable jusqu’à l’apparition du dernier Imam. Il existe, bien entendu, quelques principes de base liés à ce concept, desquels découlent diverses lectures possibles. Le premier principe accepté par toutes les autorités du clergé chiite (tendance traditionnelle et progressiste confondue) est que le croyant chiite est, et se doit se sentir libre par rapport au pouvoir temporel en place, quel qu’il soit. Le droit à la contestation est ainsi assuré. Le second principe qui découle du premier, est que malgré l’absence physique, l’esprit du 12ième Imam étant vivant, aux docteurs des lois islamiques, autrement dit les Ayatollahs, « signe de Dieu » et Marja’-é-Taqlid (source d’imitation), d’interpréter les signes de la volonté de l’Imam caché. Ce dernier étant le symbole de la bonté, de la justice et de la dignité de l’individu  - homme et femme : œuvres de Dieu. Or, c’est ce principe d’interprétation qui divise le clergé chiite, depuis la nuit des temps, permettant tous les excès comme tous les espoirs possibles.


Pour certains membres du clergé traditionnel conservateur, (et non des moindres), réticents à l’instrumentalisation politique de l’islam, aucun pouvoir n’étant légitime, le croyant doit se garder de se mêler de politique, et attendre patiemment le retour du 12ième Imam en se contentant de rester un bon musulman. Pour cela il doit suivre les préceptes religieux et moraux du Marja (source d’imitation), de son choix, dans une des innombrables écoles religieuses que président ceux-ci à Qom, Machad, Tabriz, Téhéran etc… Les Ayatollahs de cette tendance n’ont jamais accepté la légitimité de Khomeyni, pas plus que celle de  Khaméneih, auto-proclamés Ayatollahs puis « Guide suprême » grâce à la révolution et non pas par l’autorité consensuelle cléricale.


D’autres membres issus de clergé traditionnelle, partisans de première heure de l’Ayatollah Khomeyni au nom du principe de l’interprétation dynamique du chiisme révolutionnaire, se sont détournés de lui en invoquant ce même principe. Le Grand Ayatollah Montazéri, l’ex-dauphin de l’ayatollah Khomeyni, ou l’Ayatollah Karoubi (ancien Président du Parlement islamique et candidat aux dernières élections présidentielles), critiquent avec virulence les dérives du pouvoir théocratique, notamment les tortures et les viols des prisonniers, en affirmant que ces actes sont anti-islamiques.


C’est encore grâce à la diversité de l’interprétation que nombreux croyants chiites (laïcs et ayatollahs confondus) réclament aujourd’hui la laïcité en Islam. Pour eux l’Imamisme qui prône implicitement le principe de la séparation du spirituel et du temporel ne justifierait en aucun cas le règne du jurisconsulte se réclamant du divin. Pour ne citer que deux noms : le philosophe Sorouche (laïc) et le Hodjatol Eslam Kadivar (religieux), font partie de cette mouvance. 


En revanche, les courants extrémistes du chiisme politique dont Mesbah Yazdi est le meilleur représentant prescrivent à l’ensemble de la communauté des croyants l’imitation (taqlid) aveugle et absolue de leur vision apocalyptique. Eux se basent sur une lecture littérale du Coran et des hadiths du chiisme (faits et gestes du Prophète et de ses descendants les Imams) et annoncent la société idéaliste de la fin des temps grâce à l’apparition de l’Imam caché, le seul capable d’instaurer la justice, l’équité, la bonté, pour le bonheur de tous ! Et naturellement tout devient permis et justifiable pour accélérer cette apparition. 


La révolution de 1979 et le premier coup d’état de Khomeyni contre les forces progressistes du pays a radicalement rompu avec la tradition attentiste de l’Imamisme chiite.  Ahmadinéjad qui à l’époque de la révolution était un fanatique partisan des Hodjatiehs, ces ennemis jurés de Khomeyni, a vite changé de camp, mais pas d’idéologie. Pour lui, l’instauration d’un régime religieux avant le retour de l’imam caché, ne pouvait servir que celui-ci ! D’où sa ténacité discrète pour accéder au pouvoir. D’où cette stratégie rampante depuis son premier mandat et qui semble avoir pris de court nombreux responsables de haut rang l’ayant probablement sous-estimé, comme le monde avait sous estimé l’Ayatollah Khomeyni en 1979. 


Ce qu’Ahmadinejad annonce au monde en général et aux musulmans en particulier par la tribune des Nations Unies est donc très clair : nous – gouvernement islamique de l’Iran – annonçons haut et fort la venue prochaine de l’Imam caché qui remettra les pendules à l’heure. Sous l’égide de l’Iran islamique et de sa révolution perpétuelle, les musulmans ne vont plus attendre passivement la venue de l’Imam, ils vont la provoquer. Ainsi, si nous lisons le discours d’Ahmadinejad à l’envers - de bas en haut et non plus du haut en bas – nous comprendrons mieux les diatribes, les outrances, les coups de gueule, les leçons de morale, les exigences, et enfin les promesses grandioses !  Messianique convaincu il n’a pas peur d’une confrontation avec l’Occident. Il la souhaite, persuadé de la victoire finale de l’islam. Le jour J apparaîtra l’Imam caché. C’est en tenant compte de cet aspect de la personnalité d’Ahmadinejad que la bombe atomique islamiste – et non iranienne -  devient un danger pour le peuple iranien avant de l’être pour le monde. Je suis Iranienne et patriote et j’estime en effet que l’Iran aurait le droit de posséder la bombe  atomique au même titre que le Pakistan ou Israël si le pays était dirigé par des patriotes responsables, soucieux avant tout du bien être de mes compatriotes. C’est donc en tant que patriote et humaniste irréversible que je ne voudrais à aucun prix voir un jour l’index de Monsieur Ahmadinejad sur le bouton rouge d’une éventuelle bombe atomique islamiste et non, iranienne. Dans mon dernier roman Le 12ième Imam est une femme ?  et qui dénonce la cour des miracles du site de Djamkaran (6 kilomètres de Qom), érigé par les amis Hodjatieh de Monsieur Ahmadinejad, et devenu depuis son premier mandat, un des hauts lieux de pèlerinage chiite, la protagoniste du roman soupçonne le pouvoir islamiste de cacher un centrifuge atomique dans le puits supposé être l’antre  du 12ième Imam ! Eu égard aux dernières révélations du site atomique à Qom, on pourrait prétendre que la fiction rattrape parfois la réalité par ricochet. Et cette fiction qui met en scène un Imam qui se révèle une femme, descendante directe du Prophète et bien décidée à mettre un terme aux abus des islamistes qui salissent le nom de son bisaïeul Mahomet, aurait pu être risible si la réalité des assassinats, tortures et viols de la jeunesse de mon pays n’était pas tragique. Je demande humblement à toutes les organisations humanitaires, les intellectuels et autres acteurs de la société civile du monde libre, d’exiger de leurs gouvernements de considérer dans les pourparlers avec le gouvernement islamiste de Monsieur Ahmadinéjad, le volet du respect des droits élémentaires de mes compatriotes. La bombe idéologique qui se cache près de Qom dans le puits de Djamkaran, est bien plus dangereuse pour l’esprit humain que la bombe atomique. « Ne craignez rien de ceux qui peuvent tuer le corps mais ne peuvent tuer l’âme… » Mathieu 10, 28. Et l’histoire l’a hélas prouvé, les hommes tels Mesbah Yazdi et Ahmadinéjad veulent tuer l’esprit.


Fariba Hachtroudi. Ecrivaine fraco-iranienne.
Dernier roman : le Douzième Imam est une femme ? Koutoubia.



The United Nation: A Platform for the Messianism of Ahmadinejad!

True to himself and true to his “principles,” which he claims to be divine but which are only dictatorial, once again, Ahmadinejad repeated his diatribes against the West and his denials of the Holocaust before imparting lessons on good behavior upon “dear colleagues and friends” or, rather, the few diplomats who had not left the hall during his speech.  All this, of course, in the name of the Iranians that his henchman torture, rape, and kill with impunity in the streets and prisons of the Islamic government of Iran, which, significantly, no longer bears any semblance of a republic.  Up to this point, there appears to be nothing new in the Mahmoud Ahmadinejad show.  This time, however, there is an important innovation: the coming of the hidden Imam, the supposed savior of the world.

Mahmoud Ahmadinejad, is an unconditional devotee of mollah Mesbah Yazdi.  As such, he adheres strictly to the religious and messianic ideology of Yazdi, for whom all punishments – including the rape of “political” prisoners, otherwise termed “enemies of God” and of the Islamic government – are justifiable if they facilitate the coming of the 12th Imam.

Indeed, Twelver Shiites believe that the world currently awaits the last descendant of the prophet, the Mahdi, who went into occultation in 876 AD.  For the Twelvers, no temporary political authority can be seen as legitimate nor valid until the appearance of the last Imam.  Of course, there exist several basic principles connected to this concept, from which come various possible readings.  The first principle accepted by all authorities of the Shiite clergy (including traditional conservative as well as progressive) is that the Shiite believer is and must feel free with respect to the temporal political power in place.  The believer’s right to contest that power is thus ensured.  The second principle, which rises from the first, is that despite his physical absence, the spirit of 12th Imam is alive and is it to the doctors of Islamic law, the Ayatollah (meaning “sign of God”) and Marja’-e Taqlid (meaning source of emulation), to interpret the signs of the hidden Imam’s will for the justice, and the dignity of human beeing.  However, it is this principle of interpretation that has always and continues to divide the Shiite clergy, permitting all the excesses like all the possible hopes.

For certain eminent members of the traditional conservative clergy, no temporal power being legitimate, a believer must take care not to interfere in politics but wait patiently for the return of the 12th Imam, by remaining a good Muslim whom follow the religious precepts and morals of an Ayatollah-Marja (source of emulation) of his choice. Ayatollahs belonging to this school of thought never accepted the legitimacy of Khomeini any more than that of Khamenei, self-proclaimed Ayatollahs-turned-“Supreme Leaders” thanks to the revolution and not due to consensual clerical authority. 

Other members of the traditional clergy, partisans of ayatollah Khomeini from the start, have actually turned away from him, invoking the principle of dynamic interpretation of Shiism.  Ayatollah Montazeri, the ex-dauphin of the Ayatollah Khomeini, or Ayatollah Karroubi (the former president of the Islamic parliament and candidate in the last presidential elections), now criticize with virulence the torture and rape of prisoners, which they have affirmed to be anti-Islamic.

For numerous Shiite belivers (including seculars and religious persons), Imamism implicitly preaches the principle of separation of spiritual from temporal. They claim today the secularism in Islam, while nothing justifies the reign of the jurisconsult.  To name two, the philosopher Soroush (secular) and the Hodjatol Eslam Kadivar (religious) are part of this school of thought.

On the other hand, the extremist currents of political Shiism, of which mollah Mesbah Yazdi is the best example, demand of the community of believers the blind and absolute acceptance of their apocalyptic vision. They proclaim that the ideal society will come at the end of time due to the appearance of the hidden Imam.

The 1979 revolution and the first coup d’état of Khomeini against the progressives forces of the country broke radically the waiting tradition of Shiite Imamism. The discreet tenacity of Ahamdinejad in acceding to power has juste one purpose : the return of the hidden imam. Hence this rampant strategy since his first mandate and which seems to have surprised numerous high-ranking personalities having probably underestimated him, much like the world had underestimated the Ayatollah Khomeini in 1979.

What Ahmadinejad announces to the world in general and to Muslims in particular is therefore very clear: under the aegis of Islamic Iran and the continuing revolution, the Muslims are not going to wait anymore for the coming of the Imam but rather to provoke it. It is in considering the messianic aspect of Ahmadinejad’s character that the islamist – and not Iranian - bomb is a danger for the Iranian people before it is a danger for the world.  Iran could pretend to an atomic bomb just like Pakistan or Israel but only if Iran were governed by responsible patriots, conscious before anything else of the well being of my compatriots.

In my last novel, entitled The Twelfth Imam is a Woman?, in which I denounce the so called  miracles of Djamkaran (6 kilometers from Qom) the main caracter suspects that the islamists have hidden an atomic centrifuge in the well supposedly occupied by the hidden Imam!  In regard to the last revelations of the atomic site at Qom, one would pretend that the fiction sometimes catches up with the reality.  And this fiction, which displays an Imam who reveals herself as a woman, descendant direct of the prophet and well decided to put an end to the abuse of the islamists who sully the name of her ancestor Mohamad, would be able to be risible if the reality of the killings, tortures, and rapes of the youth of my country were not tragic. 

All humanitarian organizations, intellectuals, and member’s of the civil society in the world should demand their governments to consider in talks with the Islamic government of Mr. Ahmadinejad, the volet of the fundamental rights of my compatriots.  “Fear not those who can kill the body but cannot kill the soul…” Mathew 10, 28.  And history has alas proved that men like Ahmadinejad wants to kill our spirit. 

Many thanks to Bijan Ganji and Chirine Detroyes for the translation.


Fariba Hachtroudi, french-iranian writer based in Paris
Last Novel: The Twelfth Imam is a Woman? Edition Koutoubia

 

 

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